1

LIVRE DISPO SUR :


 

Parce que l’Histoire est avant tout une suite d’histoires, cette nouvelle collection entend redonner toute sa place au récit. Écrits par des historiens, respectant, jusque dans les détails, la réalité de ce qui s’est passé, ces ouvrages retracent, pour le plus grand plaisir du lecteur, des événements ou des destins exceptionnels qui ont marqué la mémoire collective.

En 1917, il y a quatre-vingt-dix ans, Pierre-Georges Latécoère, un jeune industriel toulousain, reçoit du ministre de la Guerre, une commande pour la fabrication de

1 000 bombardiers Salmson 2-A-2. Il se met aussitôt au travail, mais, alors que l’usine livre les avions en avance sur les délais prévus, Latécoère se dit que la guerre ne durera pas éternellement. Il a alors l’idée d’ouvrir une liaison postale aérienne entre Toulouse et Buenos Aires, puis Santiago du Chili.

À l’époque, l’idée paraît complètement folle tant les obstacles paraissent insurmontables. En premier lieu, il y a les Pyrénées dont les sommets, souvent cachés par les nuages, sont autant de pièges pour les pilotes. Il y a ensuite le climat imprévisible de la péninsule Ibérique, puis c’est le désert avec la hantise de l’atterrissage forcé dans des régions parcourues par des nomades hostiles.

Après le désert, c’est l’océan, que la faible autonomie des avions de l’époque rend infranchissable par air. Lorsque des appareils nouveaux permettront de relier les deux continents d’un coup d’aile, les pilotes apprendront à redouter le « pot au noir », vaste zone orageuse qui s’étale entre le Sénégal et le Brésil.

En Amérique, il leur faudra survoler une jungle si dense qu’ils la surnommeront le « chou-fleur », puis, à mesure qu’ils descendront vers le sud, ils rencontreront les vents aux allures de tempête de la pampa argentine. Enfin, lorsque la ligne sera prolongée jusqu’à Santiago du Chili, il leur faudra franchir la formidable barrière de la cordillère des Andes.

Et, pourtant, il suffit de regarder une carte pour voir combien le projet de Pierre-Georges Latécoère est cohérent. À l’exception de son prolongement Buenos Aires-Santiago, la ligne suit constamment la côte, qu’il s’agisse du littoral espagnol, marocain, saharien ou sud-américain. La route est donc matériellement tracée, avantage appréciable pour les pilotes qui vont bénéficier d’un repère constant. De plus, les plages constituent souvent d’excellents terrains de fortune lors des pannes, très fréquentes à l’époque.

Commercialement, l’affaire s’annonce excellente, car les échanges postaux avec l’Amérique du Sud sont d’environ

2 000 tonnes annuelles, presque le triple du courrier échangé avec l’Extrême-Orient. Les liaisons par mer sont pourtant désespérément lentes. Il faut 17 jours pour se rendre au Brésil à partir d’un port européen. Rallier l’Argentine prend 23 jours et, en raison des tempêtes du cap Horn, il est pratiquement impossible d’estimer le temps nécessaire pour se rendre au Chili.

Progressivement, Pierre-Georges Latécoère va réduire le temps de parcours, d’abord à sept jours et demi, puis à quatre jours. L’aventure que représente cette série d’exploits quotidiens est à la fois financière, commerciale et industrielle. Elle est surtout humaine avec les personnages d’exception que sont Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet, Reine, mais aussi Collenot, Bouilloux-Lafont, Beppo de Massimi et tant d’autres.

C’est un récit très vivant que nous fait Gérard Piouffre de cette ligne aéropostale où l’exploit devait être quotidien, car, comme le disait Pierre-Georges Latécoère, « On écrit tous les jours » !

Gérard Piouffre, historien de la marine et de l’aviation, a été contrôleur aérien militaire et steward chez Air France.