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Marcel BOUILLOUX-LAFONT (1871-1944)

 

Le 2 février 1944, les journaux de Rio annoncent, laconiquement, la mort de Marcel Bouilloux-Lafont. Ainsi disparaît l'homme qui mena l'Aéropostale à son apogée et concrétisa les rêves de Pierre-Georges Latécoère en Amérique du Sud. Marcel Bouilloux-Lafont est né en 1871, à Angoulême. Licencié en droit international, il commence une carrière d'avocat, avant d'entrer dans la banque que son père a créée en 1855. En 1907, il fonde la Caisse commerciale et industrielle de Paris, spécialisée dans les prêts à l'étranger. Il découvre l'Amérique du Sud; c'est ainsi qu'il finance de grands programmes de construction au Brésil et en Argentine. Marcel Bouilloux-Lafont y ouvre des banques, y construit des liaisons ferroviaires, des routes, des hôtels. Quand Latécoère, à la recherche de finances, lui explique ses projets de poste aérienne, la réponse est sans appel: "non". Vincente De Almonacid, un pilote argentin qui s'est battu en France pendant la Grande Guerre, réussit cependant à convaincre Bouilloux-Lafont qu'il ne faut pas laisser la concurrence allemande récupérer cette idée-là. Le 15 avril 1927, il rachète 93 % des parts de Latécoère. La Compagnie générale aéropostale est née. En trois ans, poussé par une vision géopolitique hors du commun, il forge un outil de première grandeur, un réseau de 17000 kilomètres, rassemblant 80 pilotes et 250 mécaniciens, disposant de près de 200 avions. Marcel Bouilloux-Lafont obtient les accords pour le transport du courrier vers l'Europe, avec l'Argentine, le Chili, le Paraguay, le Venezuela, la Bolivie et le Pérou. Pour que la Ligne soit totalement aérienne, il faut maintenant conquérir l'océan. Bouilloux-Lafont obtient le droit exclusif de faire escale au Portugal, aux Açores et au Cap-Vert. l'Atlantique est verrouillé par l'Aéropostale. Après le krach de 1929, et malgré les progrès de la Ligne, l'homme d'affaires est en difficulté financière. Exsangue, l'Aéropostale est mise en liquidation le 31 mars 1931. Pis encore: André, le fils de Bouilloux-Lafont, est condamné; certains parlent d'un complot. En 1933,la compagnie est absorbée par la Société centrale pour l'exploitation des lignes aériennes (Scela). Estimée par Bouilloux-Lafont à 200 millions de francs, elle est vendue, le 26 juillet, pour 77 millions. La Scela devient Air France. Marcel Bouilloux-Lafont aura tout fait pour éviter cela. Mais la crise économique, la politique et les hommes auront eu raison de lui.