COUZINET René

 

 

Le coup de pouce de Mermoz. La rencontre de Couzinet avec Mermoz, en août 1932, resta assurément l'un des moments importants de la vie de ce brillant concepteur. Une complicité spontanée naquis entre les deux hommes qui accumulaient les premières.
Le 12 janvier 1933, le trimoteur Arc-en-Ciel, reconstruit grâce à une souscription populaire, s'envola pour l'Amérique du Sud avec à son bord Jean Mermoz, Pierre Carretier, second pilote, Louis Mailloux, navigateur, les mécaniciens Camille Jousse et Mariault, le radio Jean Manuel et René Couzinet lui-même. Cet équipage de valeur, aux commandes d'un avion à sa mesure, pulvérisa le record de traversée de l'Atlantique Sud: 3 200 km parcourus en 14 h 30 mn à la moyenne de 227 km/h, et accomplis en toute sécurité. Le périple relevait lui aussi de la performance pure: Istres, Casablanca, cap Juby, Port-Étienne, Saint Louis au Sénégal, Natal, Bahia, - Rio de Janeiro, Porto Alegre, Pelotas, Buenos Aires, soit 13 045 km parcourus en 57 h 56 mn, à 225 km/h. L'appareil confirma ses qualités pendant le voyage du retour, notamment en matière de sécurité : en effet, un mécanicien réussit à colmater une fuite d'huile, à moins de 700 km de Dakar, en travaillant directement sur le moteur défaillant. L'arrivée de l'Arc-en-Ciel au Bourget, le 21 mai à 19 h 35, déclencha un délire populaire, comme l'époque en avait seulement connu six ans plus tôt avec l'atterrissage du Spirit of Saint-Louis de Lindbergh. La foule, ivre de joie, déborda le service d'ordre et, lorsque Mermoz parut, ébouriffé, rayonnant, suivi de Couzinet et de son équipage, une formidable ovation les enveloppa.
Hélas, cette clameur triomphale ne parvint jamais aux oreilles des responsables du ministère de l'Air, qui continuèrent de bouder le trimoteur Couzinet, cet avion miracle qui donnait pourtant aux Français dix ans d'avance sur la concurrence américaine et allemande… Incroyable !

Les Paradoxes Inexplicables, Comment lutter contre la malveillance criante du ministère ? A quelle raison se raccrocher ? Sur les 3 200 km de l'Atlantique Sud, les fonctionnaires opposaient à René Couzinet leur préférence pour les hydravions lourds... Mais, paradoxalement, ils acceptaient de financer le quadrimoteur Bloch 160, le quadrimoteur Farman 223 et le trimoteur Amiot 370, trois avions terrestres parfaitement concurrents de l'Arc-en-Ciel et qui allaient survoler plus de 6 000 km d'étendue océane, entre la France et les États-Unis, à l'occasion de la course Paris-New York, prévue en mai 1937. Couzinet crut tenir là l'opportunité de renouer avec le succès et les finances : Il conçut spécialement pour cette compétition l'Air Couzinet X.
Hélas, en ce début de 1937, alors qu'il s'engageait dans la réalisation du prototype, rien ne marcha vraiment. Le défi était lourd à relever. Couzinet et ses trois concurrents étaient astreints, en cent cinquante quatre jours à peine - c'est à dire de janvier jusqu'au départ de la course, à rendre opérationnels des appareils qui n'existaient encore qu'à l'état de plans. Dans ces conditions, la perspective de la course finit par s'éloigner pour déboucher sur une annulation... Nouvelle déception pour Couzinet, que ni la Seconde Guerre mondiale ni le boom commercial de l'après-guerre n'aideront à s'imposer. Le 16 décembre 1956, dans des circonstances qui n'ont jamais été élucidées - la thèse du suicide fut néanmoins retenue -, la France perdit un créateur de premier ordre. Rêvons un instant..., au risque de recréer l'histoire : si Air France avait adopté d'emblée les trimoteurs Couzinet plutôt que les Laté 300, Mermoz et ses compagnons auraient assurément terminé leur voyage du 7 décembre 1936 ; un événement qui, en soi, en aurait déterminé bien d'autres…